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LES DISCOURS DU 20 MARS
Journée internationale et 40 ans de la francophonie
Bibliothèque Nationale de France (BnF)
Samedi 20 mars 2010
Intervention de M. Gérard Larcher, Président du Sénat
Monsieur le Président (de la BnF, Bruno Racine),
Monsieur le Délégué général (à la langue française et aux langues de France, Xavier North),
Madame la Directrice (d'Adiflor Association, Isabelle Le Camus de Lagrevol),
Monsieur le Sénateur, cher Louis,
Mesdames et Messieurs,
Nous célébrons aujourd'hui la Journée internationale de la francophonie et, en cette circonstance, 40 années de cette vie commune que nous partageons à travers la langue française, cette « langue qui brille hors de l'Hexagone », pour reprendre la belle définition de Léopold Sédar Senghor.
Je suis particulièrement heureux de me trouver parmi vous, en cette circonstance et dans un lieu où notre langue scelle un lien durable, et sans pareil, entre le livre et ses lecteurs.
Lieu de connaissance, d'érudition, mais aussi d'apprentissage et de découverte, la Bibliothèque -au premier rang duquel la « BN »- est un « remue-méninges » où les livres parlent et où les hommes se taisent pour mieux savoir écouter. Ce silence des lecteurs est un silence rempli de mots.
Quoi de mieux donc qu'une grande et prestigieuse Bibliothèque pour fêter la francophonie, voire pour en faire un « cheval de Troie »1 devant l’uniformisation du monde.
Je dirai même : quoi de mieux que deux bibliothèques ? L'association Adiflor, dont le Sénat soutient les projets éducatifs et culturels par l'intermédiaire du Sénateur Louis Duvernois, essaime elle aussi- la langue française avec sa « Petite Bibliothèque Francophone ». Cette Petite Bibliothèque mobile1 s'adresse aux jeunes enfants français et francophones : elle leur apprend le plaisir de lire. Elle contribue ainsi à leur faire découvrir l'environnement et le mode de vie d'enfants d'autres régions du monde qui ont en partage la langue française.
Sont donc, au moins représentées aujourd’hui deux bibliothèques pour parler de la francophonie... Je serai presque tenté de dire -avec un certain esprit de clocher sénatorial- trois bibliothèques, car le Sénat abrite aussi une très belle bibliothèque !
Le français est parlé par 200 millions de personnes. Le français est enseigné par 900 000 professeurs à plus de 50 millions d'élèves et étudiants sur les 5 continents du globe. Nous devons nous réjouir de ces chiffres, et de la réalité qu'ils traduisent. Notre langue garde sa force de projection culturelle et de promotion de valeurs, que Léopold Sédar Senghor a rassemblé sous le terme « d'humanisme intégral », dans la mesure où Senghor disait que le français était je cite- capable de « se tisser autour de la Terre ».
Aujourd'hui, la Francophonie a 40 ans. Ces 40 ans, ce sont quarante années de diversité au service de la paix, de l'éducation, de l'apprentissage et de la culture.
Ce sont quarante années au cours desquelles le « vivre ensemble » -cet enjeu crucial de la décennie qui commence- s’est bâti sur l'unité et sur le respect des différences ainsi que de la diversité.
Ce sont quarante années de partage, de dialogue et d'échanges entre certains pays, les uns, parmi les plus pauvres, et, les autres parmi les plus riches de notre planète.
40 années, c’est un passé et une histoire. Mais, c’est aussi un avenir et un horizon.
Cette histoire et cet horizon ont su prendre la forme de l'émancipation avec des hommes tels que Léopold Sédar Senghor, Habib Bourguiba, Norodom Sihanouk et Hamani Diouri. Pour ces hommes, l'indépendance politique passait aussi par l'affirmation linguistique de leur pays sur la scène internationale. Le français a aussi exprimé une forme de résistance au bipartisme culturel de la Guerre Froide. Il a symbolisé un besoin d'humanité et de fraternité durable dans un monde où la dégradation des rapports humains va « crescendo »1.
Mais la Francophonie se trouve aussi confortée par certains enjeux essentiels de notre monde.
Il y a la dégradation politique que constitue le maintien -ou l’émergence- de régimes non démocratiques. A travers l'OIF (Organisation Internationale de la Francophonie), la Francophonie participe à la défense des droits de l'homme et de la démocratie.
Il y a l'uniformisation culturelle du monde. L'OIF, avec l'appui de ses agences, de ses associations, de son réseau de communication, revendique la diversité et le partage.
Il y a la dégradation de l'environnement. La Francophonie œuvre pour une solidarité durable et respectueuse des équilibres essentiels entre pays industrialisés et pays en voie de développement.
Enjeux politiques, enjeux économiques, enjeux culturels, enjeux humains, et enjeux environnementaux : après 40 ans d'initiatives et d'actions concrètes, la Francophonie est le « mentor1 » d'une promesse durable.
Et c'est pour cette raison que le Sénat, à travers le Sénateur Louis Duvernois, encourage et soutient l'association Adiflor. Cette association agit au travers du réseau éducatif et culturel français et francophone.
Merci à vous, cher Bruno Racine.
Merci à vous, cher Xavier North.
Merci à vous, Monsieur le Sénateur, mon Cher Louis, pour votre action au service de la diffusion du français et des liens forts que vous tissez avec les espaces francophones de l'étranger.
Merci à vous, Madame la Directrice, pour cette mission de diffusion de notre langue et d'ouverture sur les autres qui fait toute la grandeur de votre Petite Bibliothèque Francophone.
Merci aussi à toute votre équipe et à votre Marraine, car seuls la mise en réseau et le travail collectif et solidaire peuvent aboutir à des résultats concrets sur le terrain.
Ce que vous faites est important pour notre langue, pour la solidarité des espaces et des hommes, pour la diversité et les liens culturels, par-delà des les appartenances sociales et ethniques. A l'époque où l'on zappe1 beaucoup et où l’écoute omniprésente de « baladeurs 1» de langage et de musiques uniformisées se substituent trop souvent à l’action, votre travail est un travail de fourmi. Mais comme dit La Fontaine, la fourmi est appliquée. Elle fait les choses avec soin. Elle « remplit son grenier et son armoire » en travaillant avec minutie.
Pour Léopold Sedar Senghor, l'une des qualités de la langue française est la concision.
Cette constatation me conduit à la nécessité d’une conclusion rapide.
Celle-ci consistera, comme un clin d’œil, et comme une illustration de la diversité et de la richesse évolutive de notre langue, à vous rappeler « les dix mots de la francophonie » que vous avez choisis, cette année : « crescendo », « remue-méninge », « mobile », « variante », « galère », « baladeurs », « cheval de Troie », « mentor », « escagasser », « zapper ».
Je n’ai réussi, -mais je ne voulais pas vous escagasser1 par la « galère1 » d’allégories trop artificielles- à n’en citer que neuf dans ce bref propos.
Intervention de Louis DUVERNOIS,
Sénateur des Français établis hors de France
Président d’ADIFLOR
Monsieur le Président du Sénat,
Monsieur le Président de la Bibliothèque Nationale de France,
Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,
Chers Amis,
Il faut être naïf ou ignorant pour ne voir dans une langue vivante qu’un outil de communication. La Journée internationale de la Francophonie que nous célébrons est l’occasion de souligner qu’on ne voit pas et on ne pense pas le monde, pas plus que l’on ne crée ou n’invente, de manière identique à travers le prisme, par exemple, du mandarin, du norvégien, de l’anglais et du français.
Et le français précisément dans tout ça ? Il se porte bien si l’on s’en tient au nombre croissant de locuteurs. La francophonie unit des centaines de millions d’hommes et de femmes dans près de 70 pays. Ce témoignage de vitalité numérique est d’autant plus étonnant que l’apprentissage du français ne repose ni sur l’obligation, ni sur des pressions, ni sur des intérêts matériels.
Le fondement de la francophonie est le choix d’une langue pour ses valeurs culturelles intrinsèques associées à l’esprit de liberté et de tolérance. En un mot, d’humanisme. C’est là que la langue française, langue partagée, prouve son aptitude à rassembler, à rayonner dans l’univers.
Le français, à la condition première que s’efface ce manque de confiance qu’il diffuse parfois chez certains, a des ressources incommensurables. Ce n’est pas qu’une langue littéraire par destination et qui entrerait en décalage avec un monde marchand et technique asservi par l’emploi d’une langue unique.
Le succès de l’école mathématique française, et ses applications dérivées dans toutes les sciences, succès mondialement reconnu, en est une preuve. La pluralité des langues est bien la pluralité des idées.
La convention sur la diversité culturelle et linguistique adoptée en 2005 par l’UNESCO, à l’initiative de la France et de la solidarité des pays francophones dont plusieurs sont aujourd’hui avec nous à la BNF, est par ailleurs la manifestation vivante de cet élan mobilisateur en faveur d’une langue choisie et commune.
Une association comme la nôtre ADIFLOR, créée en 1985 par Xavier Deniau, ancien ministre, que j’ai l’honneur et la responsabilité de présider, participe aussi à cette capacité du français à exprimer tous les aspects de la modernité. ADIFLOR a redistribué depuis sa création plus de 5 millions de livres scolaires et d’intérêt général dans les réseaux éducatifs et culturels français et francophones sur les cinq continents.
Les Pères fondateurs de la francophonie, de Léopold Sédar Senghor, du Sénégal, à Habib Bourguiba, de Tunisie, d’Hamani Diori, du Niger, à Norodom Sihanouk, du Cambodge, sont à l’origine de l’Organisation internationale de la Francophonie. C’est la seule Fédération politique non partisane bâti autour d’une langue et offrant une autre alternative à la langue et à la pensée unique.
En ce haut-lieu de la connaissance et du savoir qu’est la Bibliothèque Nationale de France, acteur majeur de la francophonie dans de nombreux pays, faire l’éloge du livre n’est pas du tout déplacé. Le livre, ce vieux média, se porte bien selon les dernières statistiques. En 2009, le marché du livre a totalisé 54% du chiffre d’affaires total des biens culturels, contre 51% l’année précédente. Les années de crise, financière ou autres, sont aussi des années de lecture et de réflexion.
Nous célébrons aujourd’hui la Journée Internationale de la Francophonie, mais aussi le 40ème anniversaire de l’OIF et le 25ème anniversaire de création d’ADIFLOR qui cache sous cet acronyme son nom exact : « Association pour la Diffusion Internationale Francophone de Livres, ouvrages et Revues ».
Je remercie la Bibliothèque Nationale de France qui accueille aujourd’hui cette Journée exceptionnelle pour tous les amoureux de la langue française. Je remercie également le Président du Sénat, M. Gérard Larcher, d’accompagner par sa présence cet élan mobilisateur autour d’une langue partagée, connaissant sa sensibilité à l’évolution linguistique du monde et sa volonté de promouvoir le français, langue de la République !
Bonnes fêtes à vous tous !







